Fawzy Al-Aiedy
Lecteur assidu de voyages au long cours, de contes où les princesses orientales charment les méchants vizirs de leurs chants mélodieux, Fawzy Al-Aiedy se fait le poète musical d'un navire oriental qui ferait des embardées vers le jazz.Fawzy Al-Aiedy est né en Irak, dans la ville portuaire de Basra. Sa mère était dotée de pouvoirs guérisseurs et l'une de ses spécialités était de rendre leur virginité perdue aux jeunes filles à l'aide d'intestins de poulet ! Le jeune Fawzy grandit donc dans une atmosphère où le surnaturel est omniprésent, le tout dans un port méditerranéen où l'ailleurs est toujours à portée de quai. A 14 ans, il commence à prendre des cours de hautbois. L'élève est doué et l'un de ses professeurs, d'origine tchèque, lui décroche un stage à Varsovie. Mais nous sommes en 1968 et le parti Baas prend violemment le pouvoir en Irak. Une loi interdit désormais à tout citoyen irakien de quitter le territoire. Fawzy Al-Aiedy est désespéré. Un concours de circonstances lui permet de rencontrer Saddam Hussein à la Radio Nationale. Il lui demande d'intercéder en sa faveur et le nouveau président le rassure illico. "Pas de problème". Une semaine plus tard, Fawzy reçoit... son ordre d'incorporation immédiate dans l'armée. Après trois mois de bataille administrative acharnée, il récupère enfin ses papiers estampillés de la mention "déserteur". Re-bataille administrative qui débouche sur... un service militaire en tant que musicien au service des officiers. En 1971, Fawzy réussit à partir pour Paris (depuis qu'il a lu les oeuvres d'Arthur Rimbaud, il rêve de la France). Au Conservatoire de Boulogne-Billancourt (situé en bordure de Paris), il approfondi le hautbois avec tant de brio qu'il gagne un 1er prix de hautbois et un 2ème prix de musique de chambre. II publie son premier album sur le très érudit label "Chant du Monde", disque sur lequel il chante en arabe et joue du luth et du hautbois. Très vite, il crée un succès d'estime renforcé par des tournées "intensives" en Europe, dans le Golfe et en Afrique du Nord. Virtuose du hautbois et du cor anglais, joueur de oud en cachette (les maîtres traditionalistes avaient jugé ses doigts trop courts pour pouvoir pratiquer le luth), Fawzy Al-Aiedy est plus qu'un simple musicien doué. Parce qu'il vit depuis plus de vingt-cinq ans à Paris et qu'il a su faire connaître la musique irakienne et proche-orientale contemporaines au grand public européen, il est l'un de ces artistes qui sont des points de passage entre l'Orient et l'Occident, l'un de ces modestes et talentueux artisans de la paix.
Magali Bergès
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